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L’homme de l’ombre… Depuis ses débuts dans le hardcore jusqu’au succès massif rencontré avec Miss Kittin, The Hacker développe une musique pâle, mélancolique, introspective même dans ses moments les plus colériques ou frivoles et ludiques. L’electro d’un côté, avec Kraftwerk en tête, la new wave de l’autre, avec The Cure et Depeche Mode pour l’éternité, et les raves au milieu, avec cette énergie sombre, hurlante et nostalgique quand arrive la descente… The Hacker a visité ces genres. Aujourd’hui, il se les approprie, les assimile, les noie sous sa personnalité avec son second album solo intitulé Rêves Mécaniques.

En revenant dans le passé, on apprendra que Michel Amato se lance dans la musique en 1989. Il a 17 ans. Duran Duran n’est pas loin, mais c’est l’electro de Cabaret Voltaire ou l’EBM de D.A.F. qui prennent le dessus.
En 1993, le courant techno déferle sur l’hexagone. Le grenoblois craque sur LFO mais emprunte le versant le plus violent du mouvement. C'est la période hardcore : avec Benoît Bollini (futur Money Penny Project) il signe, sous le pseudo XMF, quelques maxis sur le label français du même nom, puis se tourne vers la techno, “un style dans lequel je m’exprimais mieux”. Le tempo baisse, pas la violence… Sous le pseudo The Hacker, il se lance en 1995 dans la composition en solo et commence à mixer, les yeux tournés vers la Mecque de la techno, Détroit, et son prince le plus expérimental et véhément : Jeff Mills.
Ses premiers morceaux sortent sur les labels Ozone et Interface. Trois ans plus tard, il créait le label Goodlife (le nom d’un titre mythique d'Inner City) avec ses amis Alexandre Reynaud et Oxia.

D’autres maxis suivent (A Strange Day sur Umf, Methods of Force sur Sativae…). Ils annoncent le ton du premier album Mélodies en sous-sol (printemps 2000), un résumé fidèle des songes musicaux qui animent alors le jeune homme. New Order ici, Dopplereffekt là-bas et le hardcore de PCP ailleurs. Une musique virulente, éprise de mélodies new wave et de rythmes techno ou electro. Les maxis Electronic Existentialist (Missile) ou Cabaret Futura (Feis), puis le remix du Greed de Laurent Garnier et le cd mixé The Next Step of New Wave (Human/Uwe) confirment : The Hacker est devenu le messager français d’une nouvelle scène électronique. Ses hérauts internationaux se nomment I-F, Anthony Rother, Random Factor, Dopplereffekt ou Adult. Mais c’est un tout autre projet qui va chambouler la carrière de The Hacker…

Elle s’appelle Caroline. Derrière les platines, elle devient Miss Kittin. Ils ont découvert les raves ensemble, et ils s’amusent désormais à composer en duo. Une musique légère et naïve, tournée vers l’electro-pop des 80’s. DJ Hell adore leur premier titre (Gratin Dauphinois, sorti sur le label Tekmics) : il les signe en 1997 sur son jeune label Gigolo. En Allemagne, le succès est immédiat. Les maxis Champagne et Intimités cartonnent, et le morceau 1982 tourne même sur MTV. Les lives s’enchaînent, on les aperçoit, elle, déguisée en infirmière dominatrice, et lui, derrière, de marbre, en train de propulser des titres grinçants et ironiques à l’image de Flexibility ou de Frank Sinatra…
En route vers la gloire ? Pas forcément, car en France comme en Angleterre, l’accueil est nul. Il faudra attendre 2001 pour voir les mêmes morceaux devenir des tubes. “Subitement, avec la mode electroclash, on est devenus hype…” Le First Album sort à la fin de l’année et ce long format enfonce le clou : les concerts se multiplient, la presse branchée les célèbre, Karl Lagerfeld et Elton John ne jurent désormais que par la paire. Bienvenue chez les stars… The Hacker, qui compose la musique du projet, devient un des DJs et producteurs les plus courtisés. Il réalise des remixs pour Marc Almond, la star de Soft Cell (Soul On Soul), pour Fisherspooner (Emerge), Air (Don’t Be Light) ou Nitzer Ebb (Control I’m Here).
La fin de l’été 2002 arrive, et Miss Kittin & The Hacker marquent une pause. Exception faite du morceau The Beach (Mental Groove), chacun se consacre alors à ses projets solos. The Hacker sort de nouveaux maxis, à l’image du Dance Industria sur Turbo (le label de Tiga) et effectue plusieurs remixs (Mission Extacy de The Horrorist, Tnn d’Oxia, Freefall de Terrence Fixmer et McCarthy, le chanteur de Nitzer Ebb, un remix qui se hissera à la seconde place des charts indé allemands à l’été 2004…). Il collabore avec Alexander Robotnick et Kiko (le morceau Viens chez moi), avec Millimetric et David Carretta (Moskow Reisen) et à nouveau avec Miss Kittin (sur l’album de cette dernière : le titre Soundtrack of Now …)

En parallèle, The Hacker planche sur son second album solo : Rêves Mécaniques.
Le Français avoue avoir beaucoup écouté les Ramones pendant l’écriture de ce disque. Il en tire un sens exquis du minimalisme, mais pour le reste, aucun rapport avec les punks new-yorkais… L’electroclash aperçu avec Miss Kittin s’en est allé, la cadence a baissé, la patte s’est affinée, et désormais chaque titre mêle les influences du jeune homme. Elles se combinent dans un style tranchant, fluide, unique. Et plus accessible... Un résidu de basse EBM ici, de New Beat ailleurs, et toujours cet art de la danse, et ce même quand surgissent les nappes glaciales propres au garçon.
Sur Flesh & Bone, le premier single extrait de l’album, la voix de velours de l’Américain Perspects (alias Le Car) affronte des basses grondantes : c’est l’école des dandys de Japan ou Bowie face aux raves parties…. Sur Traces, c’est le chant tendre et évaporé du californien Mount Sims (Gigolo) qui affronte Kraftwerk et sa froideur synthétique…
Miss Kittin est là, “évidemment, sinon cela aurait fait une scène de ménage” badine t’il. Sur Master Plan, la gentille garce se transforme en princesse du vice et dévoile un timbre malsain, envoûtant et inédit au milieu d’une techno brumeuse et psychédélique. Un avant-goût de leurs prochaines collaborations ? Qui sait… Ailleurs, sur les titres instrumentaux, The Hacker laisse aller sa part du démon et s’empare de souvenirs rave et hardcore des 90’s (The Brutalist, Village of The Damned…). Il passe par un interlude aux airs de BO de Tim Burton (Electronic Snowflakes) puis conclue avec un petit opéra de poche ambient et cotonneux (Sleeping Machines).
Partout, il y a cette rage, contenue, ce ton, ténébreux, rigide, qui contraste avec des thèmes accueillants et oniriques. Exalté, mesuré, espiègle et tourmenté, Rêves Mécaniques esquisse les traits d’une nouvelle techno des années 2000. Quand le club devient un antre du romantisme…

Damien Almira


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